#Liban: le surprenant outsider de la production vinicole internationale de qualité

Le Liban est ce petit pays de l’Asie Mineure qui fait face à la Méditerranée, entre la Syrie et l’Etat d’Israël, juste en face de l’île de Chypre. Le Liban, connu dans les années 60 comme “la Suisse du Moyen-Orient”, est un pays où cohabitent, pacifiquement ou presque, près d’une vingtaine de confessions religieuses, et qui, malgré les conflits à répétition de ces dernières décennies, continue de catalyser une énergie positive. A travers mes voyages et mes recherches, je me suis rendu compte que lorsque l’on parle du Liban, les associations d’idées nous amènent laborieusement jusqu’au vin.

credits: oldbeirut.com

L’histoire de la vigne et du vin au Liban (et dans le bassin Méditerranéen) est tellement ancienne qu’elle se confond avec l’histoire de l’humanité. Les vignes auraient pris racine ici depuis des millénaires. Noé, dont on raconte que la tombe aurait été retrouvée dans la mosquée de Kerak, à la sortie de la ville de Zahlé (plaine de la Bekaa), et dont l’arche se serait posée sur le Mont Sannine, aurait planté les premières vignes au Liban. Légende ou pas, nous savons en tout cas que les premières grappes de la région furent récoltées par les Phéniciens, et que les Romains choisirent cet endroit pour édifier leur temple dédié au dieu Bacchus dans le nord de la Bekaa.

Les premières production de vin dans le monde, que les historiens font remonter à 6000 ans avent J-C, ont eu pour berceau le Caucase Nord, avant de s’étendre sur un triangle géographique allant de la Palestine au Sud jusqu’à la Mésopotamie à l’Est. Or la vallée de la Bekaa se situe au coeur de ce triangle. Les phéniciens auraient donc repris et perfectionnés une technique déjà ancrée dans l’Histoire et la Géographie de la région. Une technique qui fut ensuite développée par les Romains, et dont les marchands vénitiens tirèrent partie au Moyen-Age pour distribuer le vin libanais dans tout le bassin méditerranéen. Ce commerce fut ensuite repris par les Grecs, avant que l’Islam ne vienne jeter l’opprobre sur cette boisson dans sa zone d’influence, Liban compris.

credits: Youtube @DomaineWardy

Plus récemment, ce sont les Français qui relancèrent la production du vin libanais et contribuèrent à sa renommée dans le monde entier. Pendant la période du protectorat français au Liban, les autorités ordonnèrent la livraison d’un litre de vin par soldat et par jour, motivation plus que suffisante pour expliquer la reprise florissante de la production vinicole au pays des Cèdres. La communauté des Jésuites, installés dans la Bekaa, ont également contribué à cette nouvelle vigueur du vin dans le pays pour assurer les besoins liturgiques de l’Eucharistie, le tout accompagné d’un mercantilisme de bon aloi en assurant également l’approvisionnement des troupes françaises qui protégeaient les communautés chrétiennes libanaises.

François-Eugène Brun (Domaine des Tourelles)

A partir des années 90, après plus de 15 ans de guerre civile, le Liban s’est évertué à reconstituer sa viticulture, au point que s’il ne comptait que 3 producteurs officiels dans les années 60, il en dénombre aujourd’hui une quarantaine, qui cultivent 2000 hectares de vignes et produisent 8 millions de bouteilles. Et malgré sa dimension modeste (l’équivalent de l’Alsace en France), le Liban bénéficie d’une belle diversité de zones géographiques et climatiques. Deux régions en particulier sont dédiées à la culture de la vigne: tout d’abord la plaine de la Bekaa, déjà citée précédemment,  qui se trouve à 1000 mètres d’altitude entre le Mont-Liban et la chaine de l’Anti-Liban, au confins avec la Syrie. Mais aussi la région du Nord sur la chaine du Mont-Liban, qui fait majestueusement face à la mer Méditerranéenne.

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Le 14 mai dernier a eu lieu la première journée des Vins du Liban en France, sous le haut patronage du Ministère de l’Agriculture et du Président de la République Libanais (Michel Sleiman), et avec la participation bienveillante de l’OIV (Organisation Internationale de la Vign et du Vin) et de son directeur général Federico Castellucci.

La journée s’est déroulée dans le prestigieux Hôtel George V à Paris, situé dans le VIIIème arrondissement, à deux pas des Champs Elysées. 29 producteurs libanais (sur environ 40) ont répondu à l’appel, en provenance de différentes régions, Batroun au Nord (vers Tripoli), la plaine de la Bekaa (sur la route de Damas), le Chouf dans les montagnes et Jezzine au Sud (vers Tyr). Emile Majdalani de Château Kefraya nous a accueilli avec toujours autant de chaleur et fait déguster son nouveau rosé Myst 2012, Fabrice Terpereau de Château Marsyas nous a ramené comme toujours les derniers potins de la vie beyroutine autour d’un excellent verre de vin blanc 2011, Ghida Kassatly Boulos nous a fait ressentir à nouveau les effluves du Fleur de Ka 2006, qui avait fait tant impression lors de l’EWBC 2012 à Izmir, et Roula Ghantous de Coteaux du Liban nous a fait remarqué que les vins libanais peuvent être aussi des vins “plaisir” facile à boire. Sans oublier le petit nouveau, Château Florentine, qui a la particularité de s’épanouir dans les montagnes du Chouf.

Il s’agissait d’un événement très important et symbolique, qui a coïncidé avec l’entrée du Liban à l’OIV, indice d’une recherche soutenue d’amélioration et d’adaptation aux standards internationaux sur la scène mondiale. Au Liban par exemple, il n’existe pas encore de dénominations, mais c’est l’un des objectifs prioritaires du pays pour soutenir la production de qualité dans les prochaines années.

L’hôtel George V grouillait de journalistes français et internationaux, qui n’avaient jamais accédé jusque là à ce nectar de Bacchus. C’est à la fois étrange et beau de penser à un pays comme le Liban et de pouvoir l’associer à un produit convivial et riche en significations sociales comme le vin.

credits: Instagram @IXSIRWine

Le vin libanais existe en blanc, rosé et rouge. Il est constitué d’assemblages de cépages internationaux comme la Syrah, le Cabernet Sauvignon, la Grenache, le Petit Verdot pour le rouge, Chardonnay, Sauvignon et Muscat pour les blancs. Les vins rouges vont parfaitement avec la gastronomie libanaise, épicée et relevée en bouche, mais elle peut s’accorder aussi bien avec des plats à base de viandes blanche et rouge. Les blancs sont plutôt fruités, idéal pour l’apéritif et des plats légers.

S’il vous arrive un jour d’atterrir au Liban, ne ratez sous aucun pretexte:

Château Ksara, cave qui appartenait autrefois à l’ordre des Jésuites, et aujourd’hui leader du marché libanais, Château Kefraya, son challenger qui produit des vins à la personnalité polyédrique et dispose d’un restaurant-buffet avec des spécialités internationales. Depuis cette année il y a également IXSIR, qui a construit une cave “green” et ultra-moderne dans le nord du pays, et dont l’un des principaux actionnaires est M. Carlos Ghosn, directeur général de Renault. Sans oublier le Domaine des Tourelles, fondé par un français envoyé au Liban pendant le mandat, puis remise sur pied par une famille libanaise courageuse, qui produit de très bons vins et un Arak de légende (la boisson nationale), et Domaine de Baal sur les hauteurs de Zahlé, un projet construit pierre par pierre, avec authenticité, passion et compétence par Sébastien Khoury, qui n’est d’autre que le fils du médecin de Pouillac en France 😉

Domaine de Baal

S’il vous arrive un jour d’atterrir au Liban, n’oubliez pas de déguster une Man’ouché, une des plus simples mais surtout la plus gourmande spécialité du pays!