Beaumes de Venise, le Royaume Vertical

Credits photo : Jérome Dauvergne / Naturimages

En ce mardi de septembre, les producteurs de Beaumes de Venise n’ont pas hésité à prendre la tangente pour rejoindre le sommet de la capitale au Mont Valérien. Rendez-vous pris au restaurant La-haut pour une dégustation flirtant avec les grandes altitudes de l’expérience gustative.

Les vignobles des AOC de Beaumes de Venise sont nichés quant à eux au pied des Dentelles de Montmirail dans les Côtes du Rhône méridionales, sur la “faille sismique de Nîmes“. Elle a provoqué une verticalisation des grandes masses calcaires du Jurassique, conférant au sol de cette appellation une diversité géologique absolument unique en son genre.

Georges Truc : “voilà donc un espace qui possède toutes les roches depuis le début du secondaire, ce qui est rarissime, absolument exceptionnel !”

Mais revenons aux moutons de Sainte Geneviève sur sa colline suresnoise. Une mise en bouche s’organise au rez-de-chaussée du refuge parisien pour une première impression avec nos invités du jour. Parmi les AOC Beaumes de Venise Rouge, certains regardent vers Avignon pour y puiser la richesse et générosité des horizons ensoleillés (Les Vins Skalli – Bonpas, Xavier Vins, Château Redortier, Domaine de Durban, Domaine des Bernardins), d’autres font face aux sommets calcaires pour y trouver l’inspiration d’équilibre et d’élévation avec la nature (Maison Phetisson Bonnefoy, Domaine des Garances, Domaine La Ligière, Domaine de la Pigeade, Domaine de Fenouillet). Le visage sec des Beaumes de Venise est ainsi posé.

Son deuxième visage est plus doux, avec une belle patine du temps. L’écrivain et naturaliste romain Pline l’Ancien (23-79) rapportait déjà à cette époque “le muscat est cultivé depuis longtemps à Beaumes et donne un vin remarquable“. A cette époque, les palais éduqués de l’Empire étaient friands de cette douceur naturelle favorisant une meilleur conservation du breuvage et recouvrant d’éventuelles notes d’évolution moins plaisantes. Aujourd’hui le Muscat de Beaumes de Venise continue de profiter d’un cadre géologique exceptionnel pour explorer de nouvelles expressions de ces arômes de fruits exotiques, d’agrumes et de fleurs qui ont fait sa réputation au fil des siècles et au-delà des frontières. D’un premier muscat floral très agréable pour accompagner l’apéro (Domaine de la Pigeade), en passant par un muscat rond et gourmand qui s’accordait parfaitement avec une préparation asiatique des crevettes (Les Vins Pierre Rougon), ou encore un muscat structuré aux notes beurrées pour se fondre divinement dans le fois gras (Domaine du Paparotier), le “muscat à petit grain” offre aujourd’hui une palette infinie d’interprétation de ses caractéristiques intrinsèques, qui valent vraiment la peine d’être redécouvertes.

Les bonnes tables étant faites pour rapprocher les gens, et la convivialité méridionale aidant, j’aimerais vous introduire 2 producteurs de Beaumes de Venise rencontrés ce jour-là. Honneur aux femmes, la première est Elisabeth Bernard du domaine La Ligière. Avec son mari Philippe, ils représentent la concrétisation d’un rêve de plusieurs générations, donner vie à la première cuvée du domaine La Ligière. Et comme si cela ne suffisait pas, ils se sont lancés dans l’agriculture biologique dès 2008. Le résultat de cette aventure, nous avons pu le déguster avec Elisabeth comme guide. Leur AOC Beaumes de Venise Rouge Les Garennes (2019), composé de 60% Grenache Noir et 40% Syrah et élevé en cuve béton, offre déjà un très bel équilibre dans sa structure et une délicate élégance dans la palette des arômes. Elle nous projette instantanément dans une ambiance “bar à vin” avec l’envie qu’elle puisse nous accompagner tout au long de la soirée.

Le deuxième producteur est Matthieu Ponson du Domaine de Piéblanc. Après une carrière dans l’informatique en région lyonnaise, Matthieu entreprend il y a quelques années avec sa famille cette démarche de “reconnecter” avec la terre et un environment plus naturel. Après plusieurs prospections dans toute la France, le choix de cette région aux contreforts des Dentelles de Montmirail lui est apparu comme une évidence au premier regard : “j’ai eu l’impression d’arriver en Toscane, la diversité de paysage, de biodiversité, de senteurs et de sols est ici unique. Je n’avais tout simplement plus envie d’aller ailleurs“. Depuis Matthieu apprend son nouveau métier, et il apprend vite, en gardant son regard curieux et un esprit ouvert pour façonner son style singulier. Nous avons dégusté ce jour-là avec lui l’AOC Beaumes de Venise Rouge Les Hauts (2017), 50% de Syrah et 50% de Grenache Noir élevé principalement en cuve inox, avec 30% d’élevage sous bois. Matthieu Ponson avec Les Hauts symbolise la verticalité de sa région : un vin à la fois direct et tranchant, qui recherche la typicité et fraicheur des arômes de cépage avec des vignes à 300 mètres d’altitude. En quand on sait que notre rencontre avait lieu au restaurant La-Haut, la boucle était bouclée 🙂

Que vous dire de plus, l’AOC Beaumes de Venise est une appellation de près de 700 hectares, et le vin doux naturel Muscat de Beaumes de Venise une appellation d’environ 400 hectares. Ils sont les fameux deux visages de Beaumes de Venise, mais comme vous l’aurez compris, à la manière d’un portrait de Picasso, les facettes sont au final bien plus nombreuses. Je dois vous laisser, les producteurs me rappellent à la table…ambiance méridionale je vous disais 😉