SAINT POUR SAINT đź‘Ľ

Ce printemps 2020 aura Ă©tĂ© pour nous humains diffĂ©rent des prĂ©cĂ©dents printemps. Ce virus venu d’Orient nous a fait appuyer sur le bouton “pause”, avant d’enlever les piles de la tĂ©lĂ©commande. Quand parviendrons-nous Ă  la rĂ©parer pour appuyer Ă  nouveau sur “play” ?

En attendant, tous les grands (et moins grands) penseurs contemporains se succèdent dans les mĂ©dias pour nous exhorter Ă  tirer profit de ce temps arrĂŞtĂ©, se recentrer sur nous-mĂŞme, faire un travail d’introspection, distinguer l’essentiel du superflu, et surtout de pas oublier toutes ces bonnes rĂ©solutions quand viendra finalement “l’après”.

Ma propre expĂ©rience de cette “parenthèse” est sensiblement diffĂ©rente de ces injonctions. Premier constat personnel, si la population humaine s’est soudainement paralysĂ©e, il n’en est rien de toutes les autres espèces vivantes de la planète. Au contraire, elles n’ont jamais autant profitĂ© que de ce printemps 2020 !

Deuxième constat personnel, la vie continue mĂŞme pour nous ĂŞtres humains, que nous le voulions ou non. Cette pĂ©riode n’est pas une parenthèse, nous ne pouvons pas nous auto-proclamer en “pause” sous prĂ©texte que notre champ d’action a Ă©tĂ© rĂ©duit. Le temps continue de s’Ă©couler pour nous aussi, et nous sommes bien toujours en mode “play”.

Pour autant je conviens que ce temps plus lent et moins contraint nous offre entre autres une nouvelle fenĂŞtre sur notre passĂ©, un peu comme ces troubadours Ă  la table de leur Seigneur qui venaient Ă©gayer les longues soirĂ©es d’hivers d’histoires et de lĂ©gendes transmises de gĂ©nĂ©rations en gĂ©nĂ©rations. NĂ© Ă  Moulins un matin d’Ă©tĂ© sur les terres de mes grands-parents paternels, je n’avais conservĂ© jusqu’Ă  prĂ©sent de ces lieux que le souvenir d’une maison familiale en pĂ©riphĂ©rie urbaine, oĂą je me rendais enfant pendant les vacances scolaires, pour profiter des beignets aux pommes de ma grand-mère, et des parties de belote de mon grand-père. Mais depuis leur disparition, plus grand chose…

Il aura donc fallu attendre cette fenĂŞtre temporelle offerte par le destin moderne pour que je m’intĂ©resse Ă  nouveau Ă  cette rĂ©gion…et que j’en dĂ©couvre ses trĂ©sors et richesses. Bienvenue donc dans le Bourbonnais sur la Terre des Rois de France, berceau de la dynastie des Bourbons qui accĂ©da au trĂ´ne par l’intermĂ©diaire d’Henri IV, et qui vit son royaume s’Ă©tendre jusqu’au Royaume des 2 Siciles dans le sud de l’Italie.

Autre richesse cachĂ©e de cette rĂ©gion, l’appellation du Saint Pourçain qui s’Ă©tend sur 19 communes, en bordant les rives gauches de l’Allier et de la Sioule.

Moulins sur Allier

Ce vignoble est l’un des plus anciens de France. Les Romains y cultivaient dĂ©jĂ  la vigne en l’an 50 avant J-C. Le 2 aoĂ»t 1589, lorsqu’Henri IV accède Ă  la couronne de France, le vignoble situĂ© dans le duchĂ© du “Bourbonnais” acquiert tout naturellement une place prĂ©pondĂ©rante Ă  la cour. Les papes en Avignon l’apprĂ©cient Ă©galement. Le vignoble occupe alors 8000 ha et la viticulture est la principale richesse de la rĂ©gion. La ville de Contigny possède un grand port sur l’Allier, par lequel transite le vin Ă  destination du Centre et de la rĂ©gion parisienne.

L’Allier, dernière grande rivière dans son lit naturel en France

Au XIXème siècle la concurrence des vins mĂ©ridionaux, les maladies nouvelles et l’abandon de la navigation sur l’Allier entraĂ®nent une grave phase de rĂ©gression. Le vignoble faillit disparaĂ®tre avant de renaitre au dĂ©but des annĂ©es 80.

Il occupe aujourd’hui environ 650 ha. L’encĂ©pagement en rouge est constituĂ© de Gamay et de Pinot Noir. Les blancs reprĂ©sentent un tiers de la superficie. Ils sont produits Ă  partir de 2 cĂ©pages, le chardonnay, mondialement connu, et le tressallier. Ce cĂ©page, cultivĂ© exclusivement Ă  Saint Pourçain, produit des vins très aromatiques au nez de poire et de fleurs. Autrefois considĂ©rĂ© comme peu qualitatif, les sĂ©lections rĂ©alisĂ©es pendant les annĂ©es 80 ont permis de rĂ©vĂ©ler son potentiel.

Permettez-moi pour finir de vous présenter mon coup de coeur de la région, Domaine Terres de Roa situé route du Bourbonnais à Monetay-sur-Allier.

Seul Domaine de l’Appellation AOC Saint-Pourçain en Agriculture Biologique, Terres de Roa cultive ses vignes dans le respect de l’environnement et de la biodiversitĂ©. En particulier j’ai eu la chance de goĂ»ter leur vin naturel 100% Gamay “SupplĂ©ment d’Ă‚me” (rouge) et leur vin atypique 100% Tressalier “Tresse Ă  Lier” (blanc). Un grand merci Ă  la famille Tisserand pour ce privilège, dans le respect des gestes barrières…

Famille Tisserand, Terres de Roa

Le rouge est au plus proche du fruit, il conserve toute sa fraicheur et vitalitĂ© mĂŞme après quelques jours. C’est le vin par excellence de l’apĂ©ritif pour ce dĂ©but d’Ă©tĂ© qui ne devrait pas tarder Ă  pointer le bout de son nez. Disons le clairement, c’est LE vin du dĂ©confinement !

100% Gamay “SupplĂ©ment d’Ă‚me”, Terres de Roa

Le Blanc est plus sĂ©rieux, il surprend par sa complexitĂ© des saveurs et l’intensitĂ© de ses arĂ´mes, il ne se laisse pas aussi facilement apprivoisĂ© que son acolyte rouge, mais une fois qu’il se dĂ©couvre et vous laisse finalement rentrer dans son jardin secret, le plaisir de la dĂ©couverte compense largement les efforts demandĂ©s. Lui, c’est le compagnon d’une vie !

100% Tressalier “Tresse Ă  Lier”, Terres de Roa

Et parce qu’il serait inconcevable de conclure cet article sans parler de gastronomie locale, je vous souhaite un bon appĂ©tit avec ce “pâtĂ© Ă  la patate” (et non pas tourte de pommes de terre, la recette originale ici) fait maison venu accompagner idĂ©alement ce St Pourçain traditionnel rouge (Gamay, Pinot Noir) des frères Gardien.

Pour chaque destination, l’estimation du bilan carbone a été calculée, depuis Paris, avec l’outil de la fondation GoodPlanet, qui s’appuie sur la méthodologie développée par l’Ademe