Les Vins du Jura “C’est frais”

Pour chaque destination, l’estimation du bilan carbone a été calculée, depuis Paris, avec l’outil de la fondation GoodPlanet, qui s’appuie sur la méthodologie développée par l’Ademe

Si vous faites une recherche Google pour votre prochain voyage dans le Jura sur les attraits vinicoles de cette région, vous allez invariablement tombés sur le Vin Jaune, de Paille et autres Macvins. Même s’il est vrai que ce style oxydatif a fait la réputation de cette région, il ne représente en réalité que 5% de la production de l’appellation. Et si nous allions regarder derrière l’affiche de la Percée du Vin Jaune ce qui se passe aujourd’hui dans le vignoble Jurassien ?

La viticulture jurassienne recouvre à peine plus de 2000 hectares du territoire, ce qui en fait l’une des plus petits vignobles régionaux français. Par le passé beaucoup plus grand, le vignoble a été quasiment réduit à néant par la crise du phylloxera à la fin du XIXème siècle. Depuis cette période de remise à 0 forcée, les producteurs ont certes replantés mais se sont concentrés depuis sur meilleurs parcelles pour la production d’un vin de qualité.

Château-Chalon

Petit par sa taille donc, mais pas par le nombre de ses vignerons. Avec plus de 250 exploitations répertoriées, le Jura est devenu un incubateur géant de micro-vignerons, chacun ayant à disposition un laboratoire de 10 hectares en moyenne pour mener à bien leurs expérimentations à partir des 5 cépages de l’appellation : le Savagnin (17% de l’encépagement), le Chardonnay (48 %), le Poulsard (18 %), le Trousseau (5 %) et le Pinot noir (11 %).

Eric Thill (Domaine Thill)

Exception à la règle, la Fruitière d’Arbois est le porte-étendard de l’appellation avec 270 hectares et 100 adhérents récoltants de raisins. Garant de la diversité des Vins du Jurassiens avec plus de 30 références – des plus traditionnels aux plus expérimentaux – la coopérative pousse aujourd’hui en faveur d’un style plus équilibré et aérien.

Mon coups de coeur de la dégustation dans le caveau historique, le Love Poulsard est un vin nature travaillé sans soufre, caractérisé par des odeurs d’humus, de ferme et de sous-bois. Petite histoire, l’étiquette s’inspire directement d’un graffiti réalisé par un artiste lyonnais dans le vignoble sur la route de Poligny.

A l’autre extrémité des acteurs du vignoble jurassien, on retrouve Philippe Chatillon, véritable électron libre de l’appellation, qui n’hésite pas à se décrire lui-même comme un yogiste kundalini pour mieux rentrer en communication avec ses pieds de vigne. Maniant habilement l’art du paradoxe, lui l’intellectuel perché, il nous a donné rendez-vous à plusieurs mètres sous terre pour une dégustation souterraine en quête de sens.

Pour déguster ce 100% Savagnin “yogi-dynamique” élevé en amphore et bercé au son des bols chantants Tibétains, Philippe Chatillon s’est associé au spéléologue Benjamin de Nature Trip Jura. Un mélange détonnant qui a donné tout naturellement naissance au concept de la Spéléonologie !

Revenons pour finir les pieds sur terre, à la rencontre de 2 vignerons de talents, affirmé ou en devenir.

Le premier s’appelle Eric Thill du domaine éponyme, il cultive 6 hectares de vignes sur les Côtes méridionales du Jura, là où le sol géologique devient aussi fractionné que le découpage électoral libanais. Parmi toutes ses nuances, j’ai apprécié tout particulièrement son Chardonnay 2016 de la parcelle Montboucon : un style à la fois aérien et aromatique, doux en bouche mais aussi charpenté, tout en légèreté mais avec une tension concentrée en bouche. Bref de la dentelle, ou comment sublimer la complexité par l’art !

Le deuxième s’appelle Marin Fumey, fils de Raphaël & Adeline, propriétaires du Domaine Fumey-Chatelain. Littéralement né dans les vignes, Marin finit de parfaire ses armes dans les wineries du nouveau monde pour faire rentrer le Jura de plein pied dans le XXIème siècle. Preuve de cette inspiration sans frontière, “la Pièce Rose”, un Savagnin rose cousin du Gewürztraminer aux senteurs d’eau de rose, qui vous transporte aussitôt au coeur d’un grand canyon de l’Atlas marocain.

Domaine Fumey-Chatelain

Le vignoble Jurassien est encore pleins de mystères à percer, mais il se fait tard et brumeux, prenez le temps d’apprivoiser cette région, laisser grandir en vous cette âme d’explorateur oenologique, et le moment venu, les gardiens du plateau jurassien seront vous accueillir de la meilleur des manière : un verre de Vins du Jura à la main 🍷